Une conquête sociale en mouvement

Retour sur 70 ans de congés payés

L’instauration des congés payés est la mesure la plus symbolique prise par le Front Populaire. Les salariés de certaines professions pouvaient prendre des congés, mais à leur frais. À partir de l’été 1936, la loi octroie 2 semaines de congés sans suspension de salaire à tout salarié travaillant depuis plus d’un an dans l’entreprise.

Les travailleurs vont pouvoir « partir en vacances » et découvrir la mer ou rendre visite à leur famille. Une nouvelle époque commence.

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CAPA, Robert et SEYMOUR, David (photographies) ; ELGEY, Georgette (textes)Front populaire. Paris, Chêne, 1976.Publié par l’Agence Magnum, contient aussi des photographies de Henri Cartier-Bresson.

Kriegel, Fabienne
Les congés payés en photos. Paris, Hachette, 2006 (Collection Roger-Viollet).

RAUCH, AndréVacances en France de 1830 à nos jours. Paris, Hachette, 1996. (La vie quotidienne).

BOUVIER, Jean
La France en mouvement : 1934-1938. Seyssel, Champ vallon, 1986. (Époques).

KOLHY, Philippe (réalisation) ; DUHAMEL, Olivier et JEANNENEY, Jean-Noël (auteurs).
Les congés payés. Documentaire 52 mn, Cinétévé – La Cinquième, 1996.


Des dates

4 juin 1936

La victoire du Front Populaire aux élections législatives porte Léon Blum à la tête du premier gouvernement socialiste français. Pour beaucoup de Français, c’est une immense attente sociale.

Nuit du 7 au 8 juin 1936

À l’hôtel Matignon, sont signés les accords entre le président du Conseil, Léon Blum, la Confédération générale du patronat français (CGPF) et la Confédération générale du travail (CGT).

Le projet de loi sur les congés payés est annoncé ainsi que la généralisation des conventions collectives, la création des délégués du personnel, une augmentation de 12 % des salaires et l’instauration de la semaine de 40 heures.

20 juin 1936

Les salariés accèdent aux congés payés ; la Chambre adopte à l’unanimité moins une voix la loi instituant deux semaines de congés payés. Cette année-là, 600 000 personnes partent en vacances.

27 mars 1956

Suivant l’exemple de Renault, première entreprise à offrir 3 semaines de congés payés à ses employés, la loi les généralise à l’ensemble des salariés.

27 mars 1969

La quatrième semaine de vacances est votée pendant la législature de George Pompidou.

13 janvier 1982

Après le retour de la gauche au pouvoir, une ordonnance met en place la cinquième semaine de vacances.


Des hommes

Léo Lagrange

lagrangeLe gouvernement du Front Populaire créé le « sous-secrétariat d’Etat à l’organisation des loisirs et des sports » et le confie à Léo Lagrange. Né le 28 novembre 1900, cet avocat est membre de la SFIO, très lié au milieu intellectuel.

Dès l’été 1936, il instaure le ‘billet populaire de congé annuel’ qui réduit de 40 % le tarif d’un billet de train pour un salarié, son conjoint et un enfant mineur. 907 000 personnes en bénéficient en 1937. Il développe les loisirs sportifs, touristiques, culturels, développant le réseau des Auberges de jeunesse, dont il deviendra président du Comité laïc. Il s’était engagé en août 1918, à l’âge de 17 ans, pour participer au premier grand conflit mondial. Celui qui disait « Aux jeunes il ne faut pas tracer un chemin, il faut ouvrir toutes les routes », est tué dès le 9 juin 1940 après avoir rejoint son commandement militaire.

Léon Blum

leonblumIl est né le 9 avril 1872, à Paris d’une vieille famille juive. Son père, commerçant aisé, tenait un magasin de nouveautés. Après de brillantes études de droit à la Sorbonne, il est admis au Conseil d’Etat où il atteint la plus haute fonction, celle de Maître des Requêtes. L’affaire Dreyfus et sa rencontre avec Jean Jaurès le lancent en politique. Après la victoire du Front Populaire aux législatives de 1936, il devient Président du Conseil.

Les importantes conquêtes sociales de son gouvernement sont contrecarrées par de sérieuses difficultés financières et économiques. Attaqué violemment, Blum démissionne en 1937. Arrêté en 1940, déporté à Buchenwald, il est libéré en 1945. Après un bref retour en politique en 1947, il meurt le 30 mars 1950 à Jouy-en-Josas.

«Je ne suis pas sorti souvent de mon cabinet ministériel pendant la durée de mon ministère ; mais chaque fois que j’en suis sorti, que j’ai traversé la grande banlieue parisienne et que j’ai vu les routes couvertes de théories de tacots, de motos, de tandems avec des couples d’ouvriers vêtus de pull-overs assortis […], j’avais le sentiment d’avoir, malgré tout, apporté une embellie, une éclaircie dans des vies difficiles, obscures. On ne les avait pas seulement arrachées au cabaret ; on ne leur avait pas seulement donné plus de facilité pour la vie de famille mais on leur avait ouvert une perspective d’avenir, on avait créé chez eux un espoir.» (Léon Blum – 1942).


Des anecdotes

Les congés payés en quelques chiffres

Selon une étude de l’OIT (Organisation Internationale du Travail) 4 milliards de travailleurs partaient en vacances à la fin des années 90, 500 millions de plus qu’en 1980. Parmi les pays les plus généreux en matière de congés payés figurent la Finlande (39 jours de congés payés par an), l’Autriche (38 jours) et la Grèce (37 jours). La France, avec 36 jours, se retrouve en quatrième position, ex aequo avec le Portugal, l’Espagne et la Suède.

Un accueil qui n’est pas unanime

Dès l’été 1936, ceux qui l’ont pu ont souhaité profiter de ce nouvel espace de liberté : 15 jours sans se rendre à l’usine ou au bureau !
Une des destinations favorites des « congés payés » a été la côte normande, plus accessible pour les Parisiens. Or elle était de longue date le lieu de villégiature favori des aristocrates. Lorsque les résidents habituels de Cabourg ou Deauville ont vu arriver cette nouvelle clientèle en casquette, sortant le casse-croûte et la chopine pour le pique-nique en famille, ils ont souvent fermé leurs belles villas pour partir vers des destinations plus lointaines.
Ce même mécontentement des habitués s’est manifesté à Cannes où les vacanciers aisés ont signifié leur « répugnance » pour ces jeunes venus à vélo qui plantaient leur tente de camping improvisée près des plages ou dans la campagne de l’arrière-pays.

Déjà la logistique des grands départs

Sur le PLM, pour les seules journées des 11 et 12 juillet 1936, les dépôts de Paris, Laroche, Dijon, Avignon et Marseille ont dû fournir environ 200 machines supplémentaires ; sur l’ensemble du réseau, 406 machines supplémentaires ont été utilisées pendant ces deux journées.
Au départ de la gare Montparnasse, les 31 juillet et 1er août 1936, 134 trains ont transporté 68 555 voyageurs (8 088 vers Granville, 16 221 vers les plages du sud-ouest, 44 246 vers la Bretagne).
Dès 1937, certains jours ont été interdits aux porteurs de billets populaires, aux dates de départ et de retour des vacances ainsi que pour le 15 août.


Des ouvrages

CAPA, Robert et SEYMOUR, David (photographies) ; ELGEY, Georgette (textes) Front populaire. Paris, Chêne, 1976. Publié par l’Agence Magnum, contient aussi des photographies de Henri Cartier-Bresson.

Kriegel, Fabienne
Les congés payés en photos. Paris, Hachette, 2006 (Collection Roger-Viollet).

RAUCH, André Vacances en France de 1830 à nos jours. Paris, Hachette, 1996. (La vie quotidienne).

BOUVIER, Jean
La France en mouvement : 1934-1938. Seyssel, Champ vallon, 1986. (Époques).

KOLHY, Philippe (réalisation) ; DUHAMEL, Olivier et JEANNENEY, Jean-Noël (auteurs).
Les congés payés. Documentaire 52 mn, Cinétévé – La Cinquième, 1996.